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Le Brésil, un géant au climat tropical

Un pays tropical.  Au-delà du seul titre d’une chanson de Jorge Ben qui a fait le tour du monde, le Brésil est bien un pays tropical, malgré des variations et des nuances.  Caractéristique d’une partie d’un territoire brésilien, ce type de climat se caractérise par une température moyenne assez élevée avec des amplitudes modérées. L’hiver austral qui court de juin à septembre offre des températures plus fraîches, entre 20 et 22 °C. Le reste du temps, celles-ci oscillent entre 23 et 27 °C. Les précipitations s’organisent globalement en deux saisons : une saison des pluies qui va de septembre à mars et une saison plus sèche d’octobre à février. Lors des séjours dans le Pantanal, la saison sèche est plus fraîche, plus agréable que la saison des pluies, suffocante, où les moustiques sont omniprésents. Ce type de climat a permis une mise en valeur agricole du territoire. Cette agriculture tropicale, où l’eau ne manque pas, a fait du Brésil un géant vert, champion de l’agro-industrie. Cependant, cette tropicalité se décline en des nuances marquées entre la moiteur de l’Amazonie, les frimas des montagnes, l’aridité du Sertão.

Le climat en Amazonie. C’est peut-être la région la plus emblématique du Brésil tant elle symbolise la lutte contre le réchauffement climatique. L’Amazonie et le nord du pays se caractérisent par un climat de type équatorial. Les températures et les précipitations sont élevées toute l’année, avec d’assez faibles amplitudes de températures et de précipitations. Les températures minimales oscillent entre 21 et 23 °C et les maximales entre 31 et 34 °C. Le climat est humide en permanence, mais c’est surtout entre janvier et mai que les précipitations sont les plus abondantes (entre 300 et 400 mm par mois). Ce type de climat est favorable à une agriculture qui nécessite ou tolère une humidité importante (comme la riziculture par exemple) et favorise bien sûr une croissance rapide et permanente d’une forêt dense d’arbres de grande taille. Globalement, ce climat difficile n’a pas permis le développement de population dense (même si l’agglomération de Manaus approche 2 millions d’habitants). De plus, cette « opulence » de la nature n’est qu’apparente et a longtemps occulté le talon d’Achille du poumon vert de la planète. La pluie permanente lessive les sols et les vide de leurs sels minéraux. La fertilité de l’Amazonie, ce sont ses arbres, sa biomasse et l’humus qu’elle en tire. La déforestation irraisonnée, l’élevage bovin ou le soja transforment hélas irrémédiablement cet extraordinaire couvert végétal en sol latéritique et stérile.

Le Brésil des plages, un climat tropical humide ou tropical littoral. C’est le principal climat du « tourisme » puisque les destinations touristiques majeures (Rio, Salvador, la côte nordestine et fluminense) sont marquées par son influence et ses caractéristiques. Globalement, ce climat est chaud et assez humide. On le trouve du littoral du Nordeste jusqu’au littoral du Paraná. Il se caractérise par une humidité assez élevée et constante (entre 1 500 et 2 000 mm), car les littoraux sont sous l’influence des alizés. La température est proche de 25 °C en moyenne. Il fait un peu plus chaud et de manière plus régulière à Salvador qu’à Rio… même si à Rio vous n’aurez jamais besoin d’un gros pull. La saison des pluies est plus marquée dans le Nordeste que dans le Sudeste. Dans le Nordeste, c’est entre avril et juillet que la saison des pluies est la plus marquée, alors que dans les Etats de Rio et de São Paulo, les mois de juillet et d’août sont les plus secs. Hormis cette importance pour le tourisme, car ce climat est amène toute l’année, il a influencé d’une certaine manière la mise en valeur originelle du Brésil et en a façonné son « anthropologie », surtout dans le Nordeste. En effet, ce type de climat s’est parfaitement prêté à la mise en valeur de la culture de la canne à sucre, qui a occasionné le « cycle du sucre ». Toute la frange côtière de la mata atlântica – la forêt humide atlantique – a été défrichée pour permettre le développement de la monoculture de la canne à sucre, basée sur une main-d’œuvre servile, fruit d’un commerce triangulaire qui a arraché à l’Afrique plus de 5 millions de personnes. La société s’est ainsi organisée à ses débuts autour du moulin à sucre (engenho), du maître et de sa maison (casa grande) et de la maison des esclaves (senzala). Si l’esclavage a été aboli depuis 1888, la culture de la canne perdure sur cette frange littorale, où la mata atlântica, forêt des origines, a été réduite à la portion congrue.

Le Nordeste (Sertão), pays aride. L’intérieur du Nordeste (Sertão) se caractérise par un climat semi-aride, alors que ses littoraux sont plus arrosés. C’est le climat le plus chaud du pays avec une température moyenne supérieure à 25 °C et des précipitations inférieures à 600 mm. Dans ce polygone de la sécheresse, les « secas » (périodes de sécheresse) peuvent durer plus de la moitié de l’année. En 1881, avant l’épisode de la guerre de Canudos, plus de 100 000 personnes ont succombé des conséquences de cette terrible sécheresse dans le Sertão du Ceará. Cette région du Nordeste et le Nordeste en général, sont considérés comme les régions à problèmes du Brésil. Depuis des décennies, les flagelados (migrants), qui fuient les terribles secas, partent vers les métropoles de la région ou vers la mégapole de São Paulo pour tenter leur chance, en quête d’une existence meilleure. Telle a été la trajectoire de l’ancien président Lula. La caatinga (forêt clairsemée d’arbres et de cactus de petite taille) est la végétation typique de cette région, où les agriculteurs vivent difficilement d’une polyculture extensive. Depuis les années 1970, la SUDENE a mis en place une politique d’aménagement, avec, entre autres, la création de petits barrages appelés « açudes ». Le réchauffement climatique rend chaque fois plus aléatoires encore les saisons. Les sécheresses sont de plus en plus longues et la saison des pluies courte et violente. C’est assurément une des régions les plus chargées d’histoire et de caractère, et qui a inspiré grand nombre d’écrivains, comme José de Alencar, Jorge Amado, Euclides da Cunha ou João Guimarães Rosa.

Un Brésil au climat tropical d’altitude. On associe assez peu le Brésil à la montagne. Il est vrai que le Brésil n’est pas un pays andin. Dans notre imagerie traditionnelle, peut-être associons-nous la notion de montagne au Pain de Sucre ou autres morros (mornes) de Rio de Janeiro. Pourtant, les voyageurs seront certainement amenés à visiter des régions de plateaux et de montagnes, car le développement de l’écotourisme met de plus en plus en valeur ces lieux aux potentialités incontestables. On trouve majoritairement ce Brésil au climat tropical d’altitude dans la région des Serras du Sudeste (Etat de Rio, de São Paulo et Minas Gerais), ou dans la Chapada Diamantina (Bahia). Les températures y sont en moyenne douces et modérées, avec une assez faible amplitude thermique (entre 17 et 22 °C) et des précipitations régulières de l’ordre de 1 500 mm. Attention cependant, les nuits d’hiver peuvent être fraîches et on apprécie les pulls et les couvertures à Ouro Preto, sis à 1 100 mètres d’altitude, ou à Campos do Jordão. Les orages peuvent également y surprendre le randonneur qui ne se serait pas informé de la météo.

Le Brésil du Sud, un Brésil subtropical. On trouve au Brésil une région où la vigne s’est substituée au café et où les maisons ressemblent étrangement à des chalets bavarois. Si la deuxième remarque n’a rien à voir avec le déterminisme climatique, la présence de la vigne indique bien, en revanche, qu’on trouve au sud du pays, dans les Etats de Santa Catarina et du Rio Grande do Sul, la seule zone climatique qui n’est plus réellement tropicale, mais subtropicale. Les habitants du Rio Grande do Sul sont d’ailleurs appelés Gauchos, comme en Argentine, car cette région de prairie se rapproche de la Pampa et l’élevage extensif s’y est développé comme dans le pays voisin. La température moyenne est de 18 °C. Les hivers (australs), qui correspondent à nos étés, sont frais et humides, avec plus de 150 mm de précipitation en juin, juillet et août. Il sera alors judicieux de s’équiper de vêtements chauds, surtout sur les reliefs où les baisses de température peuvent être marquées et s’accompagner exceptionnellement de chutes de neige. Certains hôtels ferment d’ailleurs à Florianόpolis pendant cette saison. Des touristes brésiliens de plus en plus nombreux choisissent d’aller à Gramado ou Canela, dans la Serra Gaucha, pour être ainsi sûrs d’un réel dépaysement, d’avoir l’impression de changer de pays tout en restant au Brésil.

Le Brésil, un géant sensible au réchauffement climatique

Un laboratoire de la lutte contre le réchauffement. Le Brésil est peut-être le pays le plus emblématique de la lutte contre le dérèglement climatique. L’impact de la déforestation de ce poumon vert qu’est l’Amazonie a été médiatisé sur l’ensemble de la planète. Récemment, de nombreux incendies ont ravagé l’Amazonie, mais également le Pantanal, région moins connue par les Français, mais dont l’importance est ô combien importante par l’extrême richesse de sa biodiversité. La politique anti-environnementale du président brésilien actuel, proche du lobby agricole (bancada ruralista) a d’ailleurs été au cœur d’une violente polémique entre Bolsonaro et le président français Emmanuel Macron. Ce dernier conseillait aux Français de lutter contre la déforestation importée en refusant d’acheter le soja brésilien OGM, produit sur des terres déforestées d’Amazonie ou des Cerrados du Mato Grosso. Il est vrai que les experts du GIEC sont peu rassurants quant au futur de l’Amazonie. Selon eux, dans l’hypothèse optimiste d’un réchauffement de 1,1 à 2,6 °C, fondée sur un plafonnement de la courbe d’émissions de gaz à effet de serre et donc une limitation du réchauffement, une grande partie de la forêt de l’Amazonie (84 %) devrait à long terme parvenir à se régénérer. Ils expliquent cette extraordinaire aptitude à la « résilience »  de cette forêt par sa biodiversité, beaucoup plus diversifiée et riche que celle de nos forêts tempérées. Ainsi, cette forêt tropicale humide et sempervirens devrait résister au réchauffement. Des évolutions notables devraient néanmoins s’y opérer. Des essences de plus petite taille, moins sensibles au stress hydrique, devraient peu à peu se substituer aux grands arbres dominants actuels. D’aucuns, pourtant, jugent cette hypothèse basse du réchauffement peu réaliste. L’hypothèse (peut-être hélas plus réaliste) d’une poursuite incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre, qui entraînerait une atmosphère beaucoup plus chaude, signifierait, selon le modèle développé, que seulement 13 % du bassin amazonien arriverait à se régénérer et serait impuissant dans la lutte contre le changement climatique…

Un impact déjà marqué du réchauffement. Le changement, c’est maintenant, auraient hélas tendance à dire les écologues brésiliens. Le dérèglement climatique impacte déjà fortement le Brésil. En février 2020, d’importantes inondations ont frappé les Etats de São Paulo et du Minas Gerais, tuant des dizaines de personnes. Auparavant, l‘Etat de São Paulo avait souffert de périodes de sécheresse inhabituelles par leur intensité et leur longueur. La multiplication d’évènements climatiques extrêmes serait la conséquence du réchauffement climatique. On parle désormais d’un phénomène « El Niño » permanent. A terme, le risque d’une savanisation de l’Amazonie serait inévitable. Les masses d’air humide d’Amazonie sont de moins en moins régulières et la période des secas (saisons sèches) de plus en plus longue. La dégradation des sols rend l’agriculture de plus en plus aléatoire et une partie de la biodiversité endémique risque de disparaître. Comme en de nombreux lieux de la planète, la montée du niveau des océans accélère le processus d’érosion des littoraux. Une partie des métropoles littorales risque de disparaître sous les eaux. Ce sont les quartiers les plus pauvres qui payent le plus lourd tribut à cette montée des eaux. L’action anthropique de déforestation, de dégradation environnementale pour produire une agriculture polluante et qui ne profite qu’à un petit nombre participe de cette mise en danger du pays. Récemment, un programme de coopération helvético-brésilien, dirigé par le Suisse Gérard Moss, grâce à une tour de plus de 300 mètres de haut installée au nord de Manaus a mis en évidence un phénomène dit de « Rivières volantes ». Les chercheurs ont montré que les aérosols émis par les arbres d’Amazonie étaient à la base de gigantesques courants aériens de vapeur d’eau qui allaient influencer l’hygrométrie d’une grande partie de l’Amérique du Sud, bien au-delà de la seule forêt amazonienne. La déforestation d’origine anthropique ou la diminution de la taille des arbres pourrait donc accélérer les effets du changement climatique sur une grande partie du sous-continent.