Une situation politique toujours complexe

Le retour de la démocratie au Brésil en 1986 s’était effectué de manière relativement sereine, confirmé par la constitution de 1988. Le droit de vote était étendu à tous les Brésiliens, alphabétisés ou non. Pourtant, si les institutions ont garanti la démocratie, les luttes d’intérêt, la concussion et le népotisme l’ont souvent emporté sur la recherche du bien commun et l’intérêt collectif. En 2003, l’élection à la présidence de la république de Luiz Iniacio Da Silva, du Parti des Travailleurs, semblait avoir réconcilié les Brésiliens avec le pacte démocratique. Mais les affaires de corruption à grande échelle furent étalées au grand jour dans le cadre de l’opération « lava jato ». Cela montrait une fois de plus un fonctionnement politique fait trop souvent d’arrangements entre groupes politiques aux intérêts différents, voire opposés pour constituer une majorité. Ces pratiques clientélistes semblaient soudain rappeler que rien n’avait vraiment changé depuis le temps des « colonels » et la vieille république.  L’exaspération d’une grande partie des Brésiliens face à une crise qui n’en finissait pas, à une violence endémique et une corruption généralisée occasionna un vote motivé par le « dégagisme ». Les sondages montraient que Lula semblait se diriger à grands pas vers un nouveau mandat. Las, l’affaire Petrobras allait rendre l’ancien président inéligible et le faire passer par la case prison. Après un procès à charge mené par le juge Sergio Moro, Lula semblait payer les pots cassés d’un système ancien où les grandes entreprises « finançaient » les partis et les pratiques politiques.   Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée brésilienne, ouvertement nostalgique du régime militaire, fut alors facilement élu au deuxième tour face au « poulain » de Lula, l’universitaire pauliste Fernando Haddad. Le Brésil approche, en juillet 2021, les 550 000 décès liés à la pandémie et le nombre réel pourrait être en réalité bien supérieur.  Après deux ans et demi de mandat, la société brésilienne apparaît très divisée sur le bilan et les méthodes de celui qu’elle a porté au pouvoir. La violence et la corruption n’ont pas reculé, la pauvreté a explosé. Le réal a dévissé. Les manifestations « pro » ou « anti » Bolsonaro montrent de fait une dualité de plus en plus marquée de la société brésilienne. Bolsonaro semble s’être coupé de certains de ses électeurs. Avec moins de 25 % d’opinions favorables, selon le journal Globo, il semble être un des présidents les moins appréciés de la planète. Lula, une fois encore, semblerait constituer le Deus Ex Machina

Une société très fracturée socialement

Le Brésil est un des pays les plus inégalitaires du monde. En termes de développement, le géant sud-américain affiche un peu envieux indice de développement humain de 0,785 qui le classe en 85e position mondiale. Près d’un Brésilien sur 4, selon l’IBGE, vit avec moins de 80 dollars par mois, le seuil de pauvreté. 6,5 % des Brésiliens, souvent des Noirs ou des Métis, des femmes isolées, vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. Ce taux augmente depuis 2015, sous les effets de la grave crise économique que traverse le pays. Sous les mandatures Lula, plus de 10 millions d’emplois furent créés et l’augmentation des revenus avec la hausse du salaire minimum et la création de la bolsa familia, entre autres mesures, permit de sortir des millions de Brésiliens de la grande pauvreté. Parallèlement, le gouvernement mit en place des politiques de discrimination positive pour permettre aux étudiants issus des milieux les plus défavorisés d’intégrer les universités sans passer par les dispendieuses formations appelées vestibulares. Pourtant, malgré son statut de pays émergent, les inégalités restent prégnantes et violentes géographiquement (entre Sudeste et Nordeste, villes-centre et périphéries, ville intégrée et favelas…) et socialement entre des classes moyennes et supérieures, souvent blanches, intégrées à la mondialisation et des classes populaires à nouveau confrontées à la pauvreté.  Les 10 % les plus riches concentrent 42 % de la richesse du pays alors que les 10 % les plus pauvres en possèdent moins de 1 %. Le système scolaire et le système de santé publique sont dans un état lamentable. La violence est omniprésente avec un taux d’homicide de 30 pour 100 000 habitants. Ce sont surtout les jeunes afro-brésiliens qui sont les principales victimes de la violence et de la pauvreté. Comme la majorité des pays depuis les années 1990, surtout ceux qui ont obtenu des prêts auprès du FMI et de la Banque Mondiale, le Brésil s’est engagé dans la libéralisation de son économie. Les deux organismes cités contraignent en effet les pays ayant bénéficié de prêts à de drastiques PAS (politiques d’ajustement structurel), qui induisent une contraction des dépenses sociales et publiques en limitant les investissements dans les secteurs non directement productifs. Le président de centre-gauche FHC (Fernando Henrique Cardoso) avait privatisé une partie des « bijoux de famille » brésiliens, les entreprises d’Etat désignées par leur suffixe « Bras », chères aux militaires dans leur volonté d’échapper au contrôle étranger des secteurs stratégiques comme l‘énergie. Le désengagement de l’Etat, proche de la banqueroute, dans les infrastructures publiques et les services publics renforce cette fracture sociale dont la résorption dans les années 2000 avait suscité le fol espoir d’un Brésil égalitaire.

La difficile voie de l’émergence économique

Le Brésil est la 9e puissance économique mondiale, mais plus que jamais c’est un colosse aux pieds d’argile. La récession de 2015 a mis brutalement fin à la forte croissance, de 7 % en moyenne, de la décennie 2000-2010. En 2020, la récession a été de -4,5 %. Le taux de chômage officiel est aujourd’hui de 14,2 %, mais le gouvernement estime que le taux réel est plus élevé. De plus, près de la moitié de la main-d’œuvre du pays serait employée dans le secteur informel. Sa puissance économique repose en partie sur la richesse de son sous-sol et sa production agricole. C’est un géant vert exportateur de matières premières. Bois, viande café, agrumes, soja… 40 % des exportations sont constituées de produits agricoles qui pourtant ne « pèsent » que 4 % du PIB. Malgré la crise du Covid-19, les exportations agricoles sont restées stables, surfant sur la hausse de la demande mondiale et bénéficiant de la dégradation du réal sur le marché des changes. Ce sont surtout les grandes exploitations qui ont bénéficié de cette demande mondiale de matières premières. Les petits agriculteurs familiaux ont par contre été très durement touchés par la récession liée à la pandémie. Le Brésil est également une grande puissance industrielle. L’ancien pays des mines générales est toujours un grand exportateur de matières premières. Le pays est le deuxième exportateur mondial de fer et l’un des plus producteurs mondiaux d’aluminium et de charbon. Ses réserves de pétrole offshore et dans les bassins sédimentaires amazoniens sont potentiellement parmi les cinq plus importantes de la planète. Mais le Brésil est aussi un pays émergent, c’est-à-dire un pays présentant un secteur manufacturier important. Le secteur industriel contribue pour 18 % au PIB et emploie 20 % de la population active. Il s'affirme de plus en plus dans les secteurs du textile et de la chaussure, mais aussi de l'aéronautique (avec l’avionneur Embraer entre autres, 4e producteur d’avions de la planète et Airbus et Latécoère ont des usines près de Sampa).  C’est également un « grand » de la pharmacie, de l'acier et de la chimie. Même s’il n’existe plus de marque automobile brésilienne depuis des décennies, les grands constructeurs automobiles mondiaux produisent des millions de véhicules dans leurs usines de production au Brésil situées dans le triangle ABC (São Paulo) et le Sudeste.

Des opportunités touristiques

« Le tourisme peut être un moteur de l'économie aussi important que l'agro-industrie », a déclaré Gilson Machado , le ministre du Tourisme, lors d'une interview à CNN, faisant référence aux impacts de la pandémie de COVID-19 dans le pays. Le secteur du tourisme emploie 7 millions de personnes et représente près de 8 % du PIB. Paradoxalement, et malgré son incontestable notoriété à l’international, le Brésil n’est pas une destination majeure du tourisme international, avec 6,5 millions de touristes étrangers, contre près de 90 millions en France avant la crise de la COVID-19. Les Français constituent le plus important de touristes non américains avec près de 240 000 touristes. Le tourisme international ne correspond pas toujours au tourisme brésilien. Les touristes internationaux recherchent les grandes cités balnéaires ou historiques comme Rio de Janeiro, Salvador de Bahia, Paraty, la côte nordestine, les villes coloniales du Minas Gerais ou les merveilles naturelles comme les chutes d’Iguaçu, la Chapada Diamantina, l’Amazonie, le Pantanal, les Lençóis Maranhenses. Néanmoins, le secteur du tourisme au Brésil a pu se développer grâce à un marché intérieur de 60 millions de touristes et de 190 millions de voyages. Depuis les gouvernements Lula, la hausse des revenus des plus modestes a dynamisé le tourisme intérieur, le Sudeste et le Sud, aux revenus plus élevés, composant la majorité des flux, soit vers ces régions soir vers le Nordeste ou les « spots » majeurs évoqués plus haut. Les études montrent souvent un assez bon indice de satisfaction. Le défi d’aujourd’hui et de demain, après la crise de la COVID-19, sera de proposer un tourisme « inclusif » qui permettra aux communautés de vivre du tourisme dignement tout en limitant l’impact environnemental.