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Un secteur de l’éducation laissé pour compte

Le secteur de l’éducation est confronté à de nombreuses difficultés pour affronter les défis de l’émergence. On trouve, comme dans de nombreux pays latino-américains, un secteur public assez mal doté et un secteur privé, où les frais de scolarisation sont quelquefois très élevés, privilégiés par les classes moyennes et supérieures. Alors que la population noire et métisse représente les 2/3 de la population en âge d’être scolarisée, elle ne représente qu’un tiers des inscrits dans les écoles privées.

Il y a près de 48 millions d’écoliers et de lycéens au Brésil et 180 000 écoles et 2,2 millions d’enseignants pour les accueillir. La scolarisation est obligatoire de 4 à 17 ans. La loi sanctionne en théorie les parents contrevenants en les privant, entre autres, des bénéfices de la bolsa familia (allocations familiales). Le problème n’est pas tant quantitatif que qualitatif. Beaucoup d’écoles, en particulier dans les régions Nord et Nordeste n’ont pas les infrastructures adaptées à de bonnes conditions d’enseignement. C’est un des facteurs explicatifs du fort abandon scolaire. Les espaces de lecture, les salles et le matériel informatique sont très insuffisants en nombre et en dotation, alors qu’ils permettraient l’accès à des savoirs utilisables dans le monde du travail. Globalement, sous les gouvernements Lula et Rousseff, les inégalités de transports scolaires entre régions et entre zones rurales et urbaines se sont réduites. Cependant, statistiquement, les populations noires et métisses ont une distance plus grande à parcourir que les populations blanches pour se rendre à l’école. Cela peut avoir également un impact sur l’abandon scolaire. Ainsi, un tiers des jeunes Brésiliens ne sont pas scolarisés. Dans l’Etat amazonien du Pará, ce sont moins de la moitié des 15-17 ans qui vont à l’école.

L’autre défi concerne la formation des enseignants eux-mêmes. Mal payée, la profession peine à recruter et à former correctement ses cadres. Seule la moitié des professeurs de mathématiques des lycées auraient une formation adéquate. Ils sont à peine un tiers en arts plastiques. Le classement PISA exprime ainsi clairement les insuffisances du système éducatif. A peine la moitié des Brésiliens de 15 ans a un niveau « basique » en mathématiques, en lecture et en sciences. Le classement PISA définit comme niveau « basique » le niveau qui permet d’exercer pleinement sa citoyenneté. Les avancées démocratiques du pays, le vivre-ensemble ne pourront donc se faire sans un enseignement plus égalitaire et équitable. Il faut cependant souligner le succès de la bolsa familia qui a permis de remettre sur le chemin de l’école des millions d’écoliers issus des couches les plus défavorisées de la population brésilienne, et qui autrefois auraient été réduits à la mendicité.

Des mœurs entre conservatisme et tolérance

En ce qui concerne les mœurs, le Brésil se caractérise par un conservatisme issu du christianisme des colons portugais et paradoxalement par une certaine liberté sexuelle. La pilule contraceptive est autorisée depuis 1962, alors qu’il a fallu attendre 1967 et la loi Neuwirth en France. A l’image des sociétés occidentales, le mariage, « lien sacré » des sociétés religieuses qui unit homme et femme, tend à diminuer progressivement. Les mariages durent de moins en moins longtemps (17,5 ans en moyenne en 2009 contre 13,5 ans dix ans plus tard). Le mariage entre personnes du même sexe est également autorisé depuis 2011. Cependant, on peut voir des différences notoires entre les régions. Ces différences ne s’expliquent pas seulement par la composition par âge des populations, mais également et surtout par les mentalités plus « traditionnelles » des familles du Nordeste et du Nord du Brésil. Le divorce est légal au Brésil depuis 1977. Comme en France, près d’un couple sur trois divorce au Brésil. En cas de divorce, la justice accorde le plus souvent la garde du ou des enfants à la mère. Les unions libres sont autorisées et assez fréquentes. Le Brésil est à ce titre plus libéral que nombre de pays latino-américains. L’avortement est en revanche toujours interdit sauf si la santé de la mère est en danger, si la grossesse est consécutive à un viol ou si le fœtus est anencéphalique.

Une homosexualité tolérée

L’homosexualité est assez largement tolérée au Brésil. Paradoxalement, malgré l’arrivée des ultraconservateurs de l’entourage de Bolsonaro, cette tolérance s’est encore renforcée ces 6 dernières années, le nombre de Brésiliens se déclarant tolérants envers l’homosexualité passant de 61 % en 2013 à 67 % en 2019. Depuis 2011, c’est-à-dire avant la France, le Brésil autorise le mariage entre personnes du même sexe. Pourtant, sur ce sujet comme sur tant d’autres, le Brésil est une terre de paradoxes. En 2016, un immense panneau dressé sur la plage de Copacabana  prônait fièrement « Rio sans homophobie » lors des J.O. de Rio en 2016. Quelques années après, les Cariocas élisaient un maire évêque évangéliste qui affichait ouvertement et violemment son rejet des relations entre personnes du même sexe. S’il est facile de vivre sa sexualité à Rio, São Paulo et dans les métropoles brésiliennes, c’est beaucoup moins vrai dans les périphéries populaires et dans les zones rurales. L’ONG « Grupo Gay de Bahia » rappelait que la moitié des crimes homophobes répertoriés sur la planète avait été perpétrée au Brésil. Cette ONG rappelle également qu’une personne homosexuelle est assassinée toutes les 19 heures au Brésil. Pourtant, des signes semblent montrer une évolution positive de la société brésilienne. En 2013, pour la première fois, une telenovela a montré un premier baiser entre personnes de même sexe. L’impact sur la frange de population qui regarde les telenovelas, pourtant sensible aux préceptes religieux, a été considérable. Le degré de tolérance envers l’homosexualité a largement bénéficié de l’opinion positive envers les vedettes du petit écran. Autre signe tangible d’évolution des mentalités, le jour de la Saint-Valentin, célébré le 12 juin au Brésil, des sociétés de cosmétiques mettent désormais en scène dans leurs publicités des couples homosexuels. La marque O Boticario a été la première à lancer une publicité, dans laquelle plusieurs couples hétérosexuels et homosexuels s'embrassent et échangent des cadeaux, publicité jugée « progressiste » pour certains, choquante pour d’autres. Le poids des Eglises au Brésil participe de cette ambivalence. La réaction des principaux dirigeants catholiques et des églises fondamentalistes commence au Brésil à la fin des années 1970, avec la traduction d'ouvrages anti-homosexuels, avec l'accueil d'associations de « soutien aux ex-homosexuels » (qui, selon eux, auraient réussi à se « guérir » de l’homosexualité grâce à la prière) et, ces dernières années, en appuyant des lobbies qui dénoncent l'octroi de la pleine citoyenneté aux Communautés LGTB. Cependant, parallèlement à cette intolérance fondamentaliste anticonstitutionnelle, dans certaines capitales du Brésil, près d'une douzaine d'Eglises consacrées à la communauté homosexuelle, avec des pasteurs « friendly » ou ouvertement gay, ont  également été fondées.

Les droits de l’homme au Brésil, une situation qui reste fragile

Depuis 1988, les droits de l’homme sont garantis par la constitution du pays. En théorie, sont garantis : l'égalité des sexes, l'éradication de la pauvreté, de la marginalisation et de l'inégalité sociale, la promotion du bien de tous, sans préjugés d'origine, de race, de sexe, d'âge ou de couleur, le racisme comme un crime imprescriptible, le droit d'accès à la santé, au bien-être, à l'éducation, à la culture et au sport, la reconnaissance des enfants et des adolescents en tant que personnes en développement, la mise en place de la politique de protection des personnes âgées, des handicapés et des différents groupes familiaux, des conseils collégiaux pour la préservation de la culture indigène.

Dans un pays né dans l’abominable matrice de l’esclavage et à l’histoire marquée par des régimes autoritaires récurrents, la reconnaissance des droits de l’homme apparaît comme un acquis majeur. Pourtant, les faiblesses et les dysfonctionnements de l’administration brésilienne rendent difficiles toutes volontés de faire respecter les droits de l’homme. Le taux d’élucidation des crimes est très faible, obérant la possibilité de lutter contre les auteurs d’homicides. En effet, malgré le retour de la démocratie, la violence a considérablement augmenté depuis les années 1990. Plus de 65 000 personnes sont victimes d’homicides annuellement, en grande majorité de jeunes afro-brésiliens. La police est souvent incriminée pour usage excessif de la violence et la justice semble peu encline à traquer les violences commises par les forces de sécurité et les grands propriétaires.

Les autorités n’ont pas adopté de mesures pour faire baisser le taux d’homicides, dont les premières victimes restent les jeunes noirs. L’appel aux forces militaires pour le maintien de l’ordre ou les « opérations anti-drogue » dans les favelas explique aussi le nombre élevé de victimes lors de ces opérations. Dans les prisons, les droits élémentaires des prisonniers sont bafoués. Le système pénitentiaire brésilien reste toujours marqué par une surpopulation carcérale et des conditions de détention inhumaines et dégradantes. Pis encore, près de la moitié des détenus sont en détention préventive.

Les droits des populations autochtones sont fréquemment bafoués, ainsi que ceux des petits propriétaires terriens et des paysans du « Mouvement des Sans-Terre » (MST). Leurs territoires et terres respectifs sont violés, pillés, et leurs habitants sont violentés, voire assassinés. Les violences envers les LGBT sont également monnaie courante. Plusieurs centaines de personnes LGBT sont assassinées au Brésil chaque année. Enfin, les terreiros (lieux de culte afro-brésilien) sont régulièrement victimes de menaces, d’intimidation ou d’attaques violentes par des groupuscules d’extrême droite. Plus généralement, les syndicalistes, en particulier les syndicalistes ruraux, les journalistes indépendants, les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement payent un lourd tribut annuel pour sauvegarder la démocratie. 40 journalistes ont été assassinés en 2019, 66 en 2018. 20 défenseurs de la nature, à l’image du militant et syndicaliste Chico Mendes en 1988, ont été assassinés en 2019.

Un tourisme sexuel encore trop présent

Le Brésil est un des pays du monde les plus affectés par le tourisme sexuel. Dans ce triste classement, le Brésil arrive juste après la Thaïlande. Dans les années 1970, l’EMBRATUR, l’agence nationale de tourisme brésilien vantait le Brésil comme un pays de plages, de samba… et de femmes. Cela allait forger mondialement une image de pays où l’amour tarifé est « facile » et sans grand risque par rapport aux autorités. La région Nordeste, pauvre et touristique, est une place forte du tourisme sexuel au Brésil. Des Européens, mais aussi des Brésiliens venus des grandes métropoles du Sudeste et du Sud, viennent à Recife, à Salvador, à Natal ou Fortaleza pour troquer des caresses contre des écus sonnants et trébuchants. Souvent, ce tourisme sexuel, comme en Thaïlande, concerne des mineurs. Si la prostitution est autorisée au Brésil, l’exploitation sexuelle des mineurs et des enfants est un crime puni par la loi. Les enfants et adolescents qui se retrouvent dans ce circuit destructeur sont souvent déjà issus de familles déstructurées, violentes ou sont victimes de la drogue comme les enfants des rues. Certains ont été sensibles à des promesses d’une vie meilleure tenues par des vendeurs de rêve qui composent tout un réseau mafieux, du chauffeur de taxi, des tenanciers de bar ou de boîtes de nuit, aux employés d’hôtels, ou aux proxénètes. Au Brésil comme ailleurs, la prostitution des mineurs n’est jamais un choix. Elle reste une violence inacceptable, qualifiée de crime par la justice brésilienne et jugée comme telle.