Vers une scolarisation pour tous

Apparue en 1920, l’école publique est obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 15 ans. Depuis l’Indépendance, le Maroc a mis en place un nouveau système où la langue arabe, et non plus la française, comme auparavant sous le protectorat, est la langue officielle du primaire jusqu’au bac. Une fois à l’université, la plupart des cours sont dispensés en français, ce qui n’est pas sans poser problème à certains. Le niveau d’éducation de la population diffère énormément entre les villes et la campagne. Dans le milieu urbain, la très grande majorité des enfants, filles comme garçons, est scolarisée. Dans le monde rural, beaucoup moins vont à l’école et on trouve plus de garçons que de filles dans les classes. Les écoles rurales doivent faire face aux pénuries de professeurs réticents à l’idée de venir enseigner à la campagne. De plus, pour beaucoup de familles traditionnelles et rurales, envoyer ses enfants à l’école constitue un frein à l’économie familiale et à la gestion des tâches domestiques quotidiennes. Mais depuis quelques années, Mohammed VI a défini l’amélioration de l’éducation, notamment celle des petites filles, comme priorité nationale. Aujourd’hui, le taux de scolarisation a atteint les 99,1 % dans le primaire, 89,7 % au cycle secondaire collégial et 65,8 % au cycle secondaire qualifiant.

Le mariage, une coutume bien ancrée

Moment important pour toute la famille, surtout pour les parents et les jeunes fiancés, le mariage a lui aussi évolué ces dernières années. Même s’ils sont encore pratiqués, les mariages arrangés tendent à se faire plus rares, notamment en milieu urbain. Cependant, les traditions restent bien enracinées, et il est bien vu d’honorer publiquement l’union du mariage comme il se doit. La première étape est la demande en mariage, qui correspond aux fiançailles, le khetab. Le futur époux accompagné par ses parents demande la main de la jeune femme aux futurs beaux-parents. Une fois les deux parties en accord, l’aventure peut commencer. Les futurs mariés se rendent chez l’adul, style de greffier, pour y signer leur certificat de mariage selon la tradition musulmane qui donne lieu à une cérémonie religieuse réunissant seulement la famille proche. La grande fête se déroule généralement sur plusieurs jours et peut durer jusqu’à une semaine, selon le désir et les moyens des familles. Chants, danses, tenues traditionnelles et spécialités locales sont alors à l’honneur. Dans les campagnes, il n’est pas rare que spontanément les gens du village viennent participer à la fête, l’esprit de communauté étant toujours plus présent.

La polygamie, une pratique encore courante

Dans la polygamie, qui désigne l’union d’un individu avec plusieurs personnes du sexe opposé, on distingue la polygynie, terme utilisé pour les hommes, de la polyandrie, pour les femmes. Au Maroc, la polygynie est autorisée par l’islam, selon le code de la famille marocaine, qui limite le nombre d’épouses à quatre pour tout homme musulman adepte de la polygynie. Elle requiert aussi l’autorisation de la première épouse qui peut refuser cette possibilité en stipulant dans l’acte de mariage une clause de monogamie. Mais cette pratique est surtout en vigueur dans le milieu rural et de nos jours, elle tend à diminuer en raison de l’urbanisation, des conditions économiques, de l’amélioration du statut des femmes, et tout simplement à l’évolution des mœurs. Certes, la polygamie n’est pas abolie au Maroc, mais depuis la révision en 2004 de la Moudawana, la polygamie est soumise à des conditions draconiennes. Le chef de famille doit ainsi pouvoir subvenir aux besoins de ses épouses et de leurs enfants et justifier devant un tribunal, par des objectifs concrets, son recours à cette pratique. Cependant, depuis une dizaine d’années, le nombre de mariages contractés est en légère hausse, avec plus de 1 000 mariages polygames célébrés à l’année. Il en résulterait de l’article 16 de la Moudawana, qui offre la possibilité de reconnaître des mariages établis sans acte à la suite d’une grossesse ou d’une naissance, et qui permet de contourner la loi, sans passer par la procédure normale. Les associations féminines s’indignent et demandent tout simplement l’abrogation de cet article.

L’homosexualité, une pratique interdite

Comme dans de nombreux pays musulmans, l’homosexualité est illégale au Maroc dont l’article 489 du Code pénal condamne « tout acte impudique ou contraire à la nature » avec une personne du même sexe. Les peines d’emprisonnement peuvent aller de six mois à trois ans et les amendes oscillent de 120 à 1 200 DH. Bien que ce sujet reste tabou dans la société marocaine qui voit cet acte comme immoral, dans la pratique l’homosexualité masculine est relativement courante même si elle n’est ni admise ni affichée. Les homosexuels vivent leur différence en toute discrétion et malheur à eux s’ils s’exposent, comme cela a été le cas la nuit du réveillon 2019 pour un agent administratif de 33 ans. Habillé en robe bleue courte, il s’est fait menotter et lyncher par des policiers marocains qui ont porté jusqu’au bout son humiliation en postant la scène sur les réseaux sociaux. Le jeune Marocain est aujourd’hui persécuté et souhaite à tout prix quitter son pays pour vivre son homosexualité ailleurs au grand jour. Certains Marocains, choqués par cette scène, souhaiteraient que le pays adopte des attitudes plus libérales à ce sujet, mais les conservateurs s’y opposent fermement. Par ailleurs, ne soyez pas surpris si vous voyez souvent des hommes se tenir par la main dans les rues, c’est juste une manière de souligner l’affection amicale qu’ils ont l’un pour l’autre.

La libération féminine en marche

Depuis les années 1940, les femmes ont vu leur place et leurs droits évolués dans la société marocaine, après que des militantes, nées après l’indépendance du royaume, ont lutté pour l’accès à l’éducation dont elles ont obtenu gain de cause. La plupart d’entre elles ont suivi alors des études universitaires pour décrocher ensuite un emploi, contribuant ainsi à transformer les codes familiaux et de la société. En 1965, elles obtiennent le droit de vote, mais leur rôle dans la société n’évolue que très peu. Il faut ensuite attendre la fin des années 1980 pour que des mouvements féministes se forment de toutes parts. Le débat sur les droits des femmes s’ouvre, divisant la population et la classe politique. Le roi Hassan II reçoit ces associations et réforme, bien que timidement, le code de la famille. En 2004, son successeur Mohammed VI s’attaque de plein cœur au sujet, en révisant plus profondément la Moudawana, ouvrant ainsi une nouvelle ère pour les femmes au Maroc. Désormais, les Marocaines sont plus nombreuses dans les universités, travaillent dans les bureaux, s’habillent dans les grandes villes à la manière des jeunes occidentaux, peuvent divorcer, demander une pension alimentaire et même avoir la garde partagée des enfants. Mais les accès à la culture, au travail et à certains droits au sein de la famille ne sont que les premières étapes, essentielles, d’un changement de la condition féminine. Ce sont surtout les mentalités qui doivent changer. Même si aujourd’hui, la femme est considérée comme l’égal de l’homme, il reste encore beaucoup d’inégalités entre les deux sexes. En matière d’héritage par exemple, où l’homme est encore favorisé. En effet, le Coran stipule qu’une femme doit recevoir moitié moins que ses frères lors d’un héritage – son mari étant supposé la prendre en charge matériellement. En 2015, après une pétition signée par une centaine d’intellectuels marocains, le débat sur la succession est lancé, mais malgré cette contestation, aucun changement n’aboutira, la loi inscrite dans le Coran étant vue comme intouchable. Pour d’autres sujets plus sensibles, tels l’avortement ou les violences faites aux femmes, les mentalités tardent aussi à changer. On estime entre 600 et 800 avortements clandestins par jour, mettant en danger la vie des femmes et le taux de prévalence de la violence faite aux femmes est estimé à près de 55 %. Il faudra assurément que de nombreuses polémiques éclatent pour faire évoluer les mœurs, comme l’histoire de cette jeune fille qui s’est suicidée après avoir été forcée d’épouser son violeur, en 2012. Deux ans après, la loi stipulant que les violeurs pouvaient éviter la prison s’ils épousaient leur victime fut abrogée.

Santé : des progrès qui tardent

Le Maroc ayant sérieusement pris en main les problèmes de santé publique, les résultats sont sensibles. Malheureusement, les programmes entrepris auprès de la population ne sont pas encore aux niveaux escomptés. Le système de soin est à double vitesse. Même si les médecins sont très bien formés, leur effectif ne représente que 7 médecins pour environ 10 000 habitants, bien loin du standard international d’un médecin pour 650 habitants. Mais le royaume poursuit ses efforts en finançant des formations depuis quelques années déjà et compte bien atteindre l’objectif de 1 médecin pour 1 000 habitants dans les années 2020. Avec un budget de seulement 6 % attribué à la santé, il reste difficile pour l’État de combler les manques de moyens humains et de renouveler les infrastructures hospitalières, qui sont vieillissantes. Bien que les secteurs de pointe se développent, seule une partie aisée de la population y a accès et l’hôpital public reste déplorable, proposant une faible offre de soins. De plus, même si depuis 2005, tous les citoyens marocains doivent être affiliés à une couverture médicale de base, dans la réalité, cette protection est uniquement réservée à une élite, seule en mesure de s’acquitter de ce coût. Conscient des failles qui persistent dans le système de santé, le gouvernement a présenté en 2018 une nouvelle vision de son plan de santé, qui prévoit entre autres le développement de nouvelles infrastructures plus proches de ses citoyens, tout en élargissant la couverture médicale de base. Ces avancées devraient voir le jour à l’horizon 2025.