Le calendrier hégirien et ses fêtes

Les Marocains suivent pour les fêtes religieuses le calendrier de l’Hégire, qui débute le 16 juillet 622, date à laquelle le Prophète Mahomet s’enfuit de La Mecque vers Médine. Ainsi, l’année 2022 du calendrier chrétien correspond à l’année 1443 de l’ère musulmane. Outre ce décalage de plus de six siècles entre ces deux religions, le calendrier hégirien prend comme référence le mouvement de la Lune, quand le nôtre repose sur celui du soleil. Une année musulmane compte alors 354 à 355 jours, comprenant 12 mois lunaires de 29 à 30 jours. Les débuts de mois étant déterminés à l’œil nu et non par calculs astronomiques, il existe une multitude de calendriers musulmans. Les dates des fêtes religieuses varient d’un pays à l’autre, et se trouvent avancées de dix à onze jours, par rapport à l’année précédente dans le calendrier chrétien.

Le 10 du dernier mois du calendrier hégirien se célèbre la fête musulmane la plus importante, l’Aïd al-Adha, connue comme la fête du sacrifice. Elle commémore la dévotion d’Ibrahim à son Dieu, lorsqu’il accepte de sacrifier son fils Ismaël sur un autel. Au dernier moment, Dieu lui envoie un mouton par l’intermédiaire de l’archange Gabriel pour le substituer au sacrifice de l’enfant. Depuis, les musulmans sacrifient chaque année un mouton, selon un rite bien précis. Le Sawm, le jeûne du Ramadan, est l’autre événement marquant de l’année, qui constitue l’un des cinq piliers de l’islam, et se célèbre le 9e mois du calendrier hégirien. Pour commémorer la révélation du Coran à Mahomet, les musulmans doivent observer un certain nombre de règles, entre le lever et le coucher du soleil. Il leur est ainsi interdit de boire, de manger et d’avoir des relations sexuelles durant le jeûne. La vie prend un rythme particulier pendant la journée où la plupart des magasins sont fermés, mais dès l’heure de la rupture du jeûne, l’ambiance est plutôt à la fête. A la fin du Ramadan, chaque fidèle doit faire une aumône, qui correspond à la Zakat, le troisième pilier de l’islam.

La prière, un rituel quotidien

Au Maroc et dans tous les pays musulmans, les journées sont rythmées cinq fois par jour par une prière rituelle, appelée Salat, qui est le quatrième pilier de l’islam. À l’aube, à midi, aux vêpres, au coucher du soleil et à la tombée de la nuit, le muezzin, du haut de son minaret lance l’appel à la prière, qui résonne dans toute la ville. Les heures ne sont pas fixes, variant au fil des saisons. Si la prière commune à la mosquée est la plus importante, les musulmans peuvent toutefois prier n’importe où, il leur suffit pour cela de se tourner vers La Mecque. Ils doivent cependant se soumettre au rituel des ablutions, qui consiste en une purification de certaines parties du corps avec de l’eau ou même du sable, s’ils sont en plein désert. Le vendredi, jour sacré chez les musulmans, les fidèles se rassemblent à la mosquée pour la prière du midi. Lavés et vêtus d’habits propres, ils enlèvent leurs chaussures avant d’entrer dans le lieu sacré. Après le sermon prononcé par l’imam, ils se mettent à prier ensemble, tous égaux face à Allah. Au Maroc, le vendredi n’est pas considéré comme un jour chômé, mais il arrive que des commerces soient fermés à l’heure de la grande prière.

La zaouïa, sanctuaire de marabout soufi

Bien que l’islam ne reconnaisse pas de saints au sens biblique du terme, il existe néanmoins au Maroc des centres de rassemblements des confréries, appelés zaouïas, où l’on vénère des marabouts ayant appartenu à l’une des confréries soufies. On y conserve le corps du saint dans un sanctuaire où de nombreux fidèles allument des bougies et se recueillent, ce qui est fortement interdit par l’islam, car seul Allah doit être adoré. Comme la zaouïa de Sidi Ahmad al-Tijani à Fès, les disciples y perpétuent l’enseignement du marabout soufi où ils récitent de nombreuses liturgies. Des pèlerinages, appelés moussem, sont organisés autour du sanctuaire chaque année à date fixe. La cérémonie débute par un sacrifice, souvent le taureau, qui doit apporter la baraka, cette grâce que chacun appelle de ses vœux. Au-delà de la religion, les moussems ponctuent aujourd’hui souvent la fin d’une récolte ou accompagnent un heureux événement autour de manifestations folkloriques (fantasias, foires, danses…). Fête populaire auprès des tribus, près de 700 moussems sont organisés au Maroc chaque année dont le moussem de Tan-Tan, le grand rassemblement des nomades du Sahara, qui est inscrit sur la liste du Patrimoine immatériel de l’UNESCO.

Des croyances mystiques

Cités dans le Coran, les djinns sont des êtres invisibles et surnaturels qui vivraient près des points d’eau, dans les déserts, les forêts et les cimetières. Dans la croyance populaire, les Marocains pensent que ces djinns peuvent posséder une personne et en ont relativement assez peur. Plusieurs superstitions sont nées de cette légende dont celle de ne pas verser de l’eau chaude dans les égouts au risque de réveiller un djinn qui pourrait se venger en paralysant la personne. Il existerait une quinzaine d’êtres invisibles qui peuvent hanter les esprits, comme Sidi Chamharouch, le sultan des djinns qui aurait vécu au XIIe siècle ! Un sanctuaire a été construit à l’endroit où il a terminé ses jours près d’Aroumd, dans la vallée d’Ait Mizane. Certains racontent que son esprit sacré vole à travers les montagnes du Haut Atlas depuis. À ceux qui lui rendraient visite, il leur faudra porter des habits blancs ou verts pour ne pas énerver le chef des djinns ! Certaines confréries mystico-religieuses, à l’instar des Gnaouas et des Aissawa, seraient dotées de pouvoirs surnaturels qui permettraient de désenvoûter une personne possédée. Alors que le Coran recommande la lecture de versets pour guérir le malade, ces confréries utilisent des rituels maraboutiques de transe et d’exorcisme, dont les pratiques parfois violentes sont dénoncées, comme le cas du mausolée de Bouya Oumar, près de Marrakech. Lors de problèmes sentimentaux ou au travail, certains Marocains n’hésitent pas à aller voir une chouwafa, une voyante, qui leur prédit leur avenir ou réalise des incantations ou envoûtements. Cette pratique est assez répandue, notamment sur l’îlot de Sidi Abderrahmane, face à Casablanca, où de nombreuses voyantes se prêtent à ces pratiques.